Émotions
Vivre sa différence : ce que le modèle social du handicap change
Le handicap n'est pas seulement dans la personne, il est aussi dans l'environnement. Ce que le modèle social change pour qui vit une différence durable.

Tu vis avec une condition durable. Maladie chronique, situation de handicap, fonctionnement atypique. Et quelque chose s'est sans doute installé sans que tu y prêtes attention. Le sentiment que c'est à toi de t'adapter en permanence à un monde fait pour d'autres. Que tes limites sont d'abord les tiennes. Pendant longtemps, c'est exactement comme ça que la culture a pensé le handicap. Le sociologue britannique Mike Oliver a proposé en 1990 un déplacement de regard qui a depuis transformé la recherche, les politiques publiques et l'expérience de millions de personnes.
Le déplacement tient en une distinction. Il y a la déficience, c'est-à-dire la condition individuelle (ne pas voir, ne pas marcher, fatigue chronique, douleur permanente, fonctionnement cognitif différent). Et il y a le handicap, c'est-à-dire la situation produite quand un environnement n'est pas adapté à cette déficience. Un fauteuil roulant n'est pas un handicap dans une ville accessible. Il le devient face à un escalier ou à un trottoir sans rampe.
Avant Oliver, le modèle dominant était médical. Le handicap était dans la personne, et c'était à elle de s'adapter. Le modèle social renverse la perspective. Une partie de ce qu'on appelle handicap est produit par des choix collectifs (architecture, transports, normes de productivité, représentations). Ces choix peuvent être différents.
Ce déplacement n'efface pas la dimension médicale, et c'est important. L'Organisation mondiale de la Santé a proposé une articulation utile dans sa CIF de 2001. Le handicap résulte de l'interaction entre la condition de la personne et l'environnement. C'est le modèle dit biopsychosocial, utilisé aujourd'hui dans la plupart des systèmes de santé.
Sur le plan psychologique, ce regard change beaucoup de choses. Quand tu cesses de te penser comme seule responsable de tes limites, deux effets apparaissent. La pression de devoir compenser indéfiniment diminue. Et tu peux nommer ce qui relève de l'environnement et qui pourrait être changé. Le modèle social n'enlève rien à ta condition. Il rend visible ce qui n'était attribué qu'à toi.
C'est un cadre. Pas une vérité absolue. Mais avoir ce cadre en tête ouvre des conversations qui restaient bloquées.